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Marguerite Hollemaert


Marguerite Hollemaert, texte par Anne-Laure Peressin, commandé par les Beaux-Arts de Paris

Marguerite Hollemaert
Où sont donc partis les oiseaux ? 

Des mains gantées de latex luisent sous une lumière de bloc opératoire, enserrant des oreilles de veau, retroussant des babines de chien, comprimant des naseaux de marcassin. Fusains chirurgicaux, toiles cliniques et sculptures jettent le trouble : soin ou torture ? Caresse ou strangulation ? Empoignés, ces animaux grimaçants ne livrent aucun récit. Dans ce non-lieu sans horizon, la violence ne crie pas : elle s’insinue, feutrée, là où ce qui protège étouffe.

Artiste et cavalière, Marguerite Hollemaert dissèque la domination de l’humain sur l’animal là où elle se maquille en bienveillance. Par des cadrages fragmentés et un clair-obscur cruel, elle traque nos rituels de coercition, du soin au dressage jusqu’à la consommation. Les visages sont absents, à l’exception de cette bouche carnassière dévorant un oiseau. Cette peinture monumentale aux tons bruns résume la minutie de son processus : d’un corps réel à un moulage en chocolat en passant par une mise en scène photographique, le volatile se métamorphose à travers une série de filtres jusqu’à digestion par la peinture. L’illusion est totale : on croit voir une chair ensanglantée saisie par ces mains aux gants stériles, avant de décrypter la confiserie enfantine qui rend le geste plus trouble encore.

L’artiste n’illustre pas la soumission, elle en orchestre les simulacres. Ses épouvantails, présences spectrales aux doudounes réfléchissantes, hantent et matérialisent cette obsession du contrôle par le leurre et l’effroi. Ils côtoient d’autres dispositifs à la charge menaçante : une accumulation de mors de cheval s’y resserre en un bloc compact, tel un trophée. Tout près, une boîte métallique diffuse le cliquetis d’une clôture électrique, ce fil invisible qui protège autant qu’il emprisonne. Flanqué de deux cravaches dressées comme des lames, le dispositif piège la personne qui, en s’approchant, y tend son propre cou. Ici, le voyeurisme se fait piège : en observant le corps manipulé, notre propre corps manipulant se révèle. L’emprise n’est plus seulement représentée, elle est éprouvée. 

Anne-Laure Peressin